Les balbutiements du tourisme d’hiver à Megève
Ainsi, la montagne devient progressivement une destination
touristique : Cet essor rapide du ski vient notamment de Henri
Duhamel, alpiniste (1853-1917), qui introduit en France le ski vers
1878. Déjà, en 1874 (Henri Duhamel créa le Club Alpin Français qui
aura par la suite un rôle essentiel dans le développement du
tourisme en montagne), des concours de ski sont organisés dès 1907 à
Montgenèvre puis àAussi, le Docteur Michel Payot organise à Chamonix
en 1908 les premiers concours internationaux. En outre, dès l’hiver
1901-1902, une Ecole Normale de ski se développe à Briançon. Elle
formera jusqu’à 5000 skieurs (membres du CAF) entre 1904 et 1914. En
1905, apparaît le premier numéro de la revue mensuelle du CAF
intitulée « La Montagne ». En 1909, le tramway du Mont-Blanc arrive
au col de Voza puis est inauguré. En 1912, la première carte des
principaux centres de sports d’hier en Europe est publiée.
Par conséquent, l’avenir de Megève apparaît florissant à partir du
moment où une jeune journaliste sportive du nom de Mathilde Maige
Lefournier , résidant aux alentours de Chambéry publie un article
dans le numéro 11 de la revue « La Montagne » en 1913.
A travers le titre évocateur « Megève ou la glorification du ski »,
elle peint d’une façon admirable la beauté, le charme de ce petit
village perché sur un col. Elle présente notamment Megève avec les
propos suivants : « Megève n’est point encore la station de sports
d’hiver, mais un lieu presque ignoré comme séjour hivernal et qui
recèle en lui-même ce qui manque à maintes stations et qu’elles
envient d’avoir. Lacunes essentielles qu’elles comblent au mieux par
des plaisirs factices. Ce sont là des jeux de neige, mais ce n’est
aucunement la montagne, quoi qu’en pensent ceux qui s’y
divertissent. Megève est simple et naturelle parce que complète et
elle-même. Autour d’une petite ville (ville d’après les anciens
textes), à l’histoire souvent glorieuse, aux monuments et vieilles
pierres évoquant son passé, les montagnes encadrent la vallée. Elles
ne sont que les premiers plans, les belvédères d’ou la vue s’étend
aux altitudes marmoréennes sous les ris du soleil ou les rafales de
la tourmente (…)». Tombée sous le charme de « Megève,
l’ensoleillée », elle entraina à sa suite bon nombre de skieurs,
notamment les chamoniards Alfred Couttet (déjà champion de France),
Emile Payot et louis Tairraz firent des démonstrations de ski et
arrivèrent à convaincre peu à peu les jeunes du village.
Les premiers hôtels apparaissent puis se modernisent:
En 1912, le « Bottin téléphonique » indique pour la première fois
quatre hôtels Mégevans : « Le Panorama » d’Alfred Morand, maire de
Megève, construit en 1895 et qui dispose de 40 chambres. « Le Soleil
d’Or » d’Adélaïde Conseil construit avant 1878 qui propose 35
chambres. Ces deux hôtels figuraient depuis déjà 8 années dans le
« Guide du Touriste à Megève ». « Le Mont-Blanc », de François
Morand-Périnet comprend 18 chambres. « La Croix d’Or » de Luc
Conseil.
Mathilde Maige Lefournier prend l’habitude en compagnie de ses
clients de se rendre systématiquement à l’hôtel le Soleil d’Or. En
revanche, étant persuadée de l’avenir touristique de Megève, elle
propose au propriétaire de son hôtel d’installer le chauffage
central. Celui-ci refuse malheureusement son idée fort judicieuse.
Elle se tourne en conséquence vers le propriétaire de l’Hôtel du
Mont-Blanc qui adhère avec intelligence à son projet. Le résultat
fut sans appel. L’hôtel comptabilisera 450 journées de séjour à
l’issue d l’hiver 1914.
C’est véritablement durant l’hiver 1913-1914 que l’on peut parler de
« saison de sports d’hiver » à Megève. En effet, le Syndicat
d’initiative ainsi qu’une patinoire sont crées. Le chauffage central
est également étendu à d’autres hôtels. En 1919, les courses de ski
de fond et de saut réunissent les futurs champions….
Malheureusement, la première guerre mondiale mettra subitement un
terme à l’élan touristique prometteur.
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